À PROPOS DE GISÈLE MAGBO

1- Pour les togolais qui ne connaissent pas Gisèle Ablavi MAGBO, qui est-elle ?

Je suis Victoria Ablavi Lemarchal. Mon nom de jeune fille « Magbo » fait écho à mes origines africaines. J’ai vu le jour au Togo, dans la région côtière des Lacs. Tout comme au Bénin voisin, j’y ai passé une partie de ma prime enfance. Et puis, par le concours d’un certain nombre de circonstances familiales, mon adolescence et d’ailleurs ma vie d’étudiante, se sont déportées vers d’autres cieux à savoir Gand, Amsterdam et Helsinki.
Après ma licence en droit, j’ai alors eu l’opportunité de travailler au sein d’institutions publiques belges que sont quelques ministères et universités, avant d’être sélectionnée pour participer au programme américain LLM International Business Law de l’Université du Pacifique, McGeorge School of Law, à Sacramento.
Mon Master en droit en poche, le barreau de Gand m’ouvrit les bras à mon retour en Belgique. Depuis lors, j’écume les cours et tribunaux du Plat Pays et il m’arrive de temps à autre, d’officier à l’étranger dans les matières civile et commerciale. Mais je suis surtout fière d’assurer la représentation du cabinet Demeyer Advocaten dans le Benelux.
En dehors de quelques vacations au service de la Police Fédérale, j’assure un cycle d’enseignement auprès de CVG-GENT et ERGO. J’interviens, par ailleurs, régulièrement en tant qu’orateur dans le cadre de conférences et colloques. Il y a tant à dire et lister mais voila esquisser le cœur de mes nombreuses occupations.

2- Lorsqu’on arpente les réseaux sociaux notamment Facebook, tout lecteur aguerri a peu de chance de louper vos posts très particuliers. Avouons que votre écriture ample et énergique ne laisse pas de marbre. D’où tenez-vous cette faculté à focaliser l’attention ? Avez-vous bénéficié d’une formation spécifique en littérature ?

(Rires aux éclats)…A mon humble avis, mon expression écrite se laisse emporter par mon « exubérance enthousiaste » comme dirait par exemple mon prof d’atelier d’écrire. Voyez-vous, pour pratiquer le droit, il faut certes une certaine dose de culot, mais avant toute chose, une connaissance aimante voire passionnée des belles lettres me semble indispensable. Et ceci est valable pour n’importe quel véhicule linguistique. C’est primordial pour devenir un BON avocat. Le métier de juriste, comme vous pouvez l’imaginer, à exposer le narratif des affaires qui nous confiées dans un argumentaire organisé qui doit allier le beau et le concret. En vérité, la littérature et la scène artistique font partie de ma vie depuis mes 6 ans. Toute petite, pendant les congés scolaires, j’étais obligée d’aller aux « camps », une forme de plaine de jeux où l’apprentissage de l’art scénique, des danses classique et de notre terroir, était de mise. Je me souviens avoir écrit ma première lettre à 9 ans. Alors tout naturellement, j’ai eu à m’entraîner en ayant des discussions sur tous sujets vers lesquels me menait ma curiosité. La voix de mon regretté père continue encore de résonner dans ma tête… Il m’a tout appris mon père. Monsieur MAGBO ! Il fourmillait de mille centres d’intérêts : lecture, architecture, musique (« la grande ! » disait-il). A 12 ans, j’ai gagné mon premier prix et à 14, représentant mon Collège, j’ai été lauréat du deuxième prix littéraire organisé par l’Inspection académique.

3- A vous écouter, vous aviez vécu une enfance où la culture était présente au quotidien !
Oui ! Composer, écrire et jouer étaient des actes presque banals. L’imaginaire prend souvent sa source dans les jeux de l’enfance ; je le conçois bien car c’était mon cas.

4- Et ensuite ?
Lors de mon programme Erasmus, ma passion corrosive pour l’écriture prit de nouveaux canaux : nuit et jour, j’écrivais en anglais, norgévien et flamand. J’ai aussi travaillé pour la radio du campus universitaire de GAND. Je me suis également essayée à quelques réécritures de scénarios pour des séries comme FAMILIE, WITSE et le film BELGICA réalisé par Felix Van Groeningen, mon prof d’art dramatique. Concernant Félix, je dois reconnaître que son amitié qui s’est traduit par mon implication dans la mise en scène de certaines représentations au STUDIO 50, aura été un point culminant de cette expérience artistique. Il m’a énormément aidé à mettre sur papier et sur scène les grandes lettres de joies, maux et merveilles.

5- Ces derniers temps, les fans de l’artiste AAMRON et les vôtres ont eu droit à des échanges enflammés d’une fiction amoureuse ….est-ce une fiction inspirée ou le fruit d’un vécu inavoué ?

(Après un moment de silence amusé) – C’est une fiction inspirée et teintée d’une part de réalisme, pas de réalité, mais de réalisme, tout comme l’ensemble de mes récits depuis mon jeune âge. Eh oui, en ce qui concerne mon vécu personnel derrière cette correspondance romancée, il y a un réel fait d’amour que lui-même juge souvent comme un caprice de Reine. (Rire)

6- Parlons d’autres choses, voulez-vous ? Une question brûle les lèvres de nombreux followers : êtes-vous une Belge d’origine togolaise ou une Togolaise de la diaspora belge ?

Je suis Norvégienne d’origine togolaise. Je n’ai jamais été Belge. La Belgique fut au départ mon pays d’adoption. Mais je suis revenue m’y installer il y a bientôt 5 ans pour accoucher en toute sérénité et sauver mes biens qui y sont restés.

7- Pour les observateurs que nous sommes, nous avons constaté que vous êtes une juriste très active et une entrepreneure notamment dans la décoration et l’architecture d’intérieur. Comment arrivez-vous à juguler les contraintes inhérentes à toutes ces casquettes ?

C’est la passion qui est mon principal moteur. La fièvre dans le sang pour ce que je veux. Je n’ai pas fait des études pour plaire aux gens mais pour conclure de bonnes affaires avec joie et vivre telle que je rêvais toute petite. Autrement j’allais être actrice belge ou artiste de la chanson togolaise. Je n’embrasse guère sans fougue ce que je trouve essentiel pour mon bonheur. Quitte à perdre la face comme en Octobre passé. Je me donne à fond, quand il faut y aller, je me plonge avec du lourd et je pèse bien mes mots. C’est un facteur clé du succès de mon parcours professionnel et avec elle, j’ai la facilité à négocier dans presque toutes les situations, à arracher des accords entre les parties.

8- Tout récemment, nous avons découvert que vous étiez un soutien de taille dans un projet culturel qui a redonné du sourire à beaucoup de jeunes Togolais …

Ah oui, depuis 12 ans sur le terrain et un peu partout en Afrique, je collabore avec les rois. Des autorités publiques m’ont souvent sollicitée surtout en Belgique, Allemagne et Afrique du Sud. J’aime être derrière les rideaux des Events culturels qui changent la donne dans nos sociétés.

9- Quel est selon vous, le rôle des togolais de la diaspora dans la construction de la nation mère ?

Sans aucune prétention, je crois que ce dont nous avons besoin c’est une fédération diplomatique pour la mise en place d’une banque où chacun d’entre nous serait actionnaire. J’ai été vice-présidente ANC-BENELUX et par ce biais, j’avais rencontré de vrais combattants togolais partisans ou non de la chose politique. J’ai vu des dizaines dormir à même le sol de longues nuits, mais toujours debout les grands jours avec des centaines d’euro lorsqu’il s’agissait de contribuer à la réalisation d’un projet au pays. Cela m’a toujours impressionnée et alors j’ai appris d’eux. Encore une fois, je n’ai de leçon à donner à personne. Ces Togolais m’ont plutôt ouvert les yeux sur les atouts qui sont miens sur la question de l’éducation de la jeunesse togolaise. Nous avons de vrais bâtisseurs qui jouent déjà un rôle déterminant dans cette aventure et qui ont des ressources à mettre à disposition de notre cher Togo.

10- Pensez-vous que vous auriez pu réaliser tout ce vous avez fait jusqu’à présent si vous aviez vécu uniquement au Togo ?

Sans doute, je réussirai mieux en étant au Togo. La planète est tellement vaste et le Togo si petit dans cette étendue, pour tout ce que j’ai dans mon esprit. Je suis une grande rêveuse et d’aucuns m’invente illusionniste. Et si un jour la lune peut le permettre, j’offrirai à chaque enfant que je considère comme une étoile du Togo, un visa pour la découverte des autres peuples de l’univers. Nous le devons à notre Togo Chéri, pour encore mieux l’adorer et savourer ses merveilles. Nous ne voyageons pas assez, cela nous limite dans nos actions et dans notre perception du dehors. Il n’y aura jamais assez de belles créations dans ce pays si nous nous replions sur nous-mêmes. Un exemple tout simple. Imaginez-vous que certains ne connaissent même pas Lomé, ni Agou, ni Kara, ni Dapaong. Cela limite la pensée et nous prive d’amour et de bonheur d’être ensemble, tous unis pour bâtir au mieux la nation. D’autres sont morts sans jamais avoir vu un éléphant or nous en avons sur le territoire national. Ce n’est pas mauvais en soi, rester et prospérer sur place.

11- Avec vos ambitions et votre envie perfectionniste sur chacun de vos projets, accepteriez-vous une proposition politique comme un poste de Ministre de la Culture ou de la Jeunesse par exemple ?

Assurez votre entourage que je suis une personne très constructive et motivée. Un maroquin fût-il dédié à la culture, n’est pas mon horizon. Mon ambition va par-delà les considérations politiciennes. Certes, calfeutrée dans un ministère, j’aurai du temps pour les amours, c’est vrai. Mais les chances de fournir du bon travail pour le Togo seront très ténues. Les gens doivent collaborer beaucoup plus et s’affranchir de toutes pesanteurs politiques. Les gens doivent s’enivrer d’amour. Même les personnes les plus fortes, intelligentes et productives ont besoin de ça pour obtenir des résultats durables et inespérés.

12- Si vous aviez la possibilité de produire des artistes togolais, quels seraient vos critères de sélection ?

Mon plan culturel pour notre nation aucun pays sur terre ne l’a. Je sais, la modestie n’est pas toujours mon apanage mais ici je suis très sérieuse. Il y aura absolument la mobilité des talents, un certain « outplacement » à 360° afin de soutenir et d’accompagner les collaborateurs culturels avec professionnalisme et humanité vers la réussite artistique. Une protection juridique et une couverture médiatique significatives seraient à prévoir.

D’expérience, que ce soit au cabinet Phillipe & Partenaires ou chez le Notaire Michel WIllems à Gand, j’ai eu à élaborer ce qu’il faut pour réussir l’art et la mise en place des grandes scènes pour des célébrités. Certains m’envoient encore des jeunes artistes et acteurs débutants pour le coaching, la rédaction des actes, la mise en place de véhicules spécifiques, l’achat des actions et propriétés privées, la rédaction de la documentation appropriée, des instruments financiers nécessaires pour leur marketing, l’accompagnement en cas de réorganisation, annulation de contrat publicitaire, de concert, etc. Une équipe de praticiens disposant d’une connaissance approfondie dans la matière sera mise en place pour assurer aux artistes un outsourcing efficace lorsqu’il sera question de soutenir mes propres compatriotes. L’ultime préoccupation, c’est que chaque artiste puisse profiter de son talent, voir sa vie sécurisée et bénéficier d’une garantie quant à l’avenir de ses enfants. Voilà mon ambition !

13- Pour achever cet entretien passionnant, quel message avez-vous pour les jeunes Togolais qui sont convaincus que le bonheur se trouve ailleurs, à l’étranger ?

Les gens quittent l’Afrique avec joie, moi je suis montée dans l’avion les larmes aux yeux. La veille, on m’avait enfermée. Je n’avais pas eu le choix ni pour les au revoir. J’étais convaincue que je partais pour souffrir et non réussir. Le lendemain après les sermons des prêtres qui sont passés pour me raisonner, je suis partie parce que j’avais eu peur de la loi de Dieu. Puisque pour vivre longtemps, selon Sa Loi biblique, il faut obéir à ses parents. Mais aujourd’hui, je puis dire ceci : où que nous soyons, ici ou là-bas, il faut nécessairement du support, a minima psychologique. Cela dit, ne pas se plaindre systématiquement permet, j’ose le croire, d’ouvrir le regard des autres sur soi et pourquoi pas, d’ouvrir des portes qu’on pensait irrémédiablement fermées.

A mes jeunes frères et sœurs, pas de sermon, mais une seule exhortation : croyez en vos rêves, nourrissez-les, chérissez-les mais avant tout, croyez en votre capacité à transformer votre environnement immédiat par la force de votre conviction et la positivité contagieuse dont vous ferez preuve. De belles choses se créent chez nous au Togo, et en Afrique. Il suffit de lever le regard et on se sentira moins seul. Merci à vous.

(INTERVIEWÉE PAR TOGOZIK)